Un nouvel essor de la filière laine en Belgique. Article de “L’Avenir” du 23 octobre 2014.
La laine en filière libre
À l’occasion de la Wool Week qui se déroulera du 22 au 30 octobre prochain, nous sommes partis à la rencontre de ceux qui font vivre un secteur que l’on pensait éteint en Belgique.
Peu le savent mais il existe encore, en Belgique, des entreprises de filage et même un lavoir à laine. Autrefois berceau de ce secteur industriel florissant, Verviers abrite même l’un des derniers grands lavoirs d’Europe (l’autre se situant en Angleterre).
Impressionnante machine d’un autre temps, perpétuant un savoir-faire unique pour lequel, on fait parfois des milliers de kilomètres. Ici, on lave, rince et sèche voire carbonise de la laine venue des quatre coins d’Europe. «Il n’existe qu’un seul autre lavoir comme le nôtre en Europe, pour tout le reste, c’est traité en Chine, explique Jacques Delhasse, responsable technique du lavoir Traitex de Verviers. Chez nous, on réalise un travail sur mesure en fonction de la demande des clients.»
Car la laine connaît un nouvel essor plutôt récent, conséquence de l’action de la Filière laine qui, en 2010, a fait le pari de retisser des liens entre les différents protagonistes (éleveurs, lavoirs, fileurs, créateurs…) du secteur.
Un pari réussi puisqu’en quelques années, Filière laines a réussi à conscientiser les éleveurs de l’intérêt de tondre minutieusement leurs moutons et de trier correctement les tontes pour un meilleur rendement. «Beaucoup se sont très vite intéressés à cette initiative et ont compris qu’en y consacrant un peu plus d’attention, ils allaient pouvoir faire vivre d’autres maillons de la chaîne, chez nous, en Belgique, plutôt que de faire vivre les Chinois», explique Dominique Blandiaux de DBC Wool à Heusy.
Née dans la laine, Dominique Blandiaux a immédiatement sauté sur l’occasion lorsqu’elle a entendu parler du projet Filière laine. «Toute ma famille a, d’une façon ou d’une autre, travaillé dans le secteur de la laine à un moment donné et j’ai voulu en être aussi, collecter la laine d’ici et lancer un produit qui utiliserait la laine de chez nous.» C’est comme ça qu’est né Lanado, une ligne de literie en laine. Couettes douillettes, oreillers, couvre-matelas… Des produits naturels (lavables et qui peuvent même être traités contre les acariens) et haut de gamme à prix raisonnables. Des atouts indéniables pour tenter de concurrencer le synthétique. «Notre laine est belge. Elle est lavée en Wallonie, traitée en Flandre et, parce que je n’ai pas trouvé d’entreprise belge capable de réaliser un travail d’aiguitage tel que je le voulais, j’en ai déniché une, pas très loin de chez nous.» Bref, une ligne issue d’une production quasiment locale qui valorise tout un savoir-faire.
En 2010, on comptait environ 57 500 brebis en Wallonie, c’est du moins ce que rapportent les derniers chiffres présentés par la Fédération interprofessionnelle caprine et ovine de Wallonie (Ficow). Si ces animaux sont élevés pour leur viande et un peu pour leur lait, leur tonte ne représente qu’un maigre apport supplémentaire pour les éleveurs. « Ce n’est pas l’eldorado, confirme Dominique Blandiaux. La laine, c’est un petit apport, pas un secteur qui permet de gagner beaucoup d’argent. Il faut en être conscient car certains lâchent tout pour se lancer et sont très déçus.»
D’autant que les races élevées en Belgique, comme le texel, ne donnent pas de la laine suffisamment fine pour la confection. Elle sert à l’artisanat et, comme l’a compris Dominique Blandiaux, à des réalisations plus robustes mais néanmoins de grande qualité.