Le Tapis et des Tissages Ras en Tunisie – Quelles solutions de réhabilitation et de relance ?

Le Tapis et des Tissages Ras en Tunisie, quelles solutions de réhabilitation et de relance ? Notes d’Orientation :

I- Contexte Général

1- l’artisanat tunisien : un fort potentiel et une faible contribution à la dynamique du développement économique :

Toutes les études et réflexions réalisées sur l’artisanat en Tunisie s’accordent sur son fort potentiel et sa capacité à participer pleinement à l’effort du développement du pays, les potentialités du secteur sont multiples :

  • Riche en spécialités
  • Promoteur du développement régional
  • Animateur du marché d’emploi
  • Capable de booster les investissements
  • A valeur ajoutée élevée
  • Susceptible de participer à l’exportation
  • Secteur intégré.

Néanmoins, ces mêmes études révèlent une contribution très timide de ce secteur à l’effort du développement du pays :

  • Une faible participation à la création d’emploi, au PIB et à l’exportation
  • Un revenu par artisan en deçà des autres secteurs

De surcroit, cette contribution n’a pas cessé de régresser ces dernières décennies, la production des principales branches du secteur a chuté d’une façon alarmante engendrant des déperditions des milliers d’emplois.

Par contre, d’autres pays comparables à la Tunisie tels que le Maroc, la Turquie et l’Iran ont réussi à garder l’artisanat comme vecteur d’emplois et de stabilité sociale.

2- Les raisons de freinage du secteur :

Le freinage de la contribution du secteur de l’artisanat à l’effort de développement économique et social de la Tunisie est le résultat d’une longue période de marginalisation des activités artisanales. Cette marginalisation remonte à l’époque du protectorat et s’est poursuivie après l’indépendance, contrairement à d’autre pays, la Tunisie a opté après l’indépendance pour une économie de transformation manufacturière, du Tourisme et des services, les activités artisanales sont perçues en tant qu’activités résiduelles de dernier recours en l’absence d’autres activités industrielles, touristiques ou agricoles.

Ainsi, l’artisanat a été toujours à la marge des choix stratégiques de développement, il est resté le parant pauvre de l’économie Tunisienne et n’a jamais été traité comme un secteur stratégique à part entière à l’instar de l’agriculture du tourisme de l’industrie, il est resté régi par un faible paysage institutionnel et par des réponses conjoncturelles de régulation à des dysfonctionnements.

Les diagnostics des diverses branches artisanales ont révélé des défaillances majeurs touchant les facteurs clefs du secteur et constituent des goulots d’étranglement à son développement :

  • Une faible qualification de la main d’œuvre : le secteur n’a jamais été doté d’un dispositif de formation cohérent et performant capable d’alimenter les diverses branches du secteur en qualifications répondant aux exigences des métiers
  • Absence de structures de valorisation des matières premières et matériaux locaux (argile, pierre, laine, fibres végétales, cuir…) mobilisables pour un produit à haute valeur ajoutée
  • Absence d’innovation et d’adaptation des produits aux attentes et préférences des marchés.

Le résultat est un artisanat taxé de produits bas de gamme, de qualité médiocre, non élaborés sans références et incapables de percer les marchés.

II- La Problématique : Déclin de la branche du Tapis et des Tissages ras

1- le constat :

Les tapis et tissages manuels, produit phare de l’artisanat Tunisien, a subi de plein fouet les conséquences de l’absence d’une volonté réelle des pouvoirs publics de la prise en charge du secteur.

Ces activités qui constituent un réservoir considérable d’emploi et de sources de revenu et un facteur de stabilité des populations issues des zones défavorisés connaissent actuellement un essoufflement sans précédent engendrant des déperditions des milliers d’emplois et de revenus. En effet la production de cette branche n’atteint pas actuellement les 10% des volumes enregistrés les années 80.

Le diagnostic de l’étude sur la production du revêtement du sol fait main (tapis et tissages ras) réalisée par le Centre Technique de Création d’Innovation et d’Encadrement du Tapis et du Tissage, a fait apparaitre les faiblesses majeures qui ont contribué à la régression continue de la production :

  • L’appareil de production est dominé par des unités de faibles tailles comptant en moyenne 30 artisanes, éparpillées et cantonnées dans des zones reculées incapables de faire face à des commandes importantes,
  • Une production réalisée de plus en plus à domicile,
  • Un revenu bas engendré par une faible rentabilité de l’artisane occasionnant une désaffectation de la main d’œuvre et soumettant la branche à une forte concurrence des autres secteurs,
  • Une forte proportion de production de mauvaise qualité et déclassée,
  • Répétition des modèles produites dans toutes les régions et absence de spécificités et identités régionales entrainant un peu d’attrait au produit proposé et une accumulation de stocks de produits invendables.

2- les facteurs du déclin :

          Les caractéristiques principales du paysage actuel des activités du Tapis et des Tissages tel que diagnostiqué par l’étude sont : une production de petite taille ou à domicile, un revenu bas de la main d’œuvre artisane, une proportion de production de mauvaise qualité et un important stock de produits invendables.

Ces faiblisses sont le résultat d’un ensemble de facteurs qui sont incontournables dans l’exercice de ces activités.

2.1 La formation qualifiante de la main d’œuvre est déficiente :

Après les désengagements de l’Office National de l’Artisanat de la mission de la formation professionnelle dans le secteur en 2000 la qualification professionnelle de la main d’œuvre artisane capable de réaliser une productivité procurant un revenu décent n’est plus assurée.

L’apprentissage performant qi a été réalisé dans les ateliers de production de l’ONA a été remplacé par des activités d’adaptation et d’insertion financées par des programmes et d’instruments relevant d’autres organismes, le rôle de l’ONA entant qu’organisme d’encadrement du secteur dans le déroulement de ces actions n’était pas efficace face aux procédures de gestion de ces programmes et instruments limitant ses interventions et faute de moyens humains et matériels d’encadrement.

Ces actions ont revêtu un caractère social au déterminant de la qualification professionnelle malgré le nombre important des bénéficiaires et n’ont pas eu de retombées bénéfiques sur la branche.

2.2 Des compétences professionnelles du personnel d’encadrement de la production limitées :

La production et l’apprentissage sont dirigés par un personnel n’ayant pas une formation technique solide, à faibles compétences de gestion et d’organisation des ateliers et sans savoir technologique au niveau des paramètres de qualité.

Il n’existe plus depuis plus de trois décennies des actions visant la formation du personnel d’encadrement de la production et de la formation dans la branche.

2.3 Des difficultés d’approvisionnement en matière première en qualité et en quantité :

Existence des matières premières de mauvaises qualités non conformes  aux normes et absence de points de vente d’approvisionnement de proximité et obligation de se rabattre sur des intermédiaires offrant une gamme limitée et souvent de mauvaise qualité.

2.4 Rareté de conception de création dans les ateliers de production :

Préoccupation des privés par la rentabilité immédiate beaucoup plus que par les efforts de recherche et d’innovation et absence d’interaction entre designers et producteurs pour créer une dynamique de création et d’innovation au sein des ateliers.

2.5 Absence d’analyse des attentes des marchés et des préférences des consommateurs pour adapter les produits et orienter la production aux exigences des marchés.

3- Les raisons profondes des défaillances des leviers développement du tapis et des tissages ras :

Les défaillances des facteurs clefs de la production des tapis et des tissages montrent clairement le désengagement de l’état de la prise en charge de cette branche et du secteur d’une façon générale.

En réalité la branche des tapis et des tissages ras à l’image de tout le secteur n’ont jamais bénéficié d’actions volontaristes des pouvoirs publics pour les soutenir et les encadrer.

Si la période de renaissance qui débuté dans les années 60 et s’est prolongée jusqu’aux années 90 a connu un bon qualificatif et quantitatif de certaines branches et notamment les tapis et les tissages, des textures plus fines (30×30, 40×40, 50×50) se sont développées et une floraison de créations de nouvelles gammes de tapis et des tapisseries murales c’est grâce à l’ONA, entreprise de production et de commercialisation, qui a focalisé ses efforts sur le tapis et certains tissages ras durant cette période. Cette institution a joué le rôle de locomotive qui a tiré le secteur vers le haut par un encadrement solide de la production, un apprentissage performant, une matière première de qualité et une organisation efficace des ateliers de production alimentés par un effort d’innovation.

Les ateliers de cet organisme ont constitué un modèle à suivre et ont incité les imitative privées à investir dans la branche profitant de la main d’œuvre formée dans les ateliers de production de cet organisme au fil de années ainsi que les prototypes crées, c’est ainsi que la production des tapis et des tissages ras a connu un point culminant de près de 650.000 m² dans les années 80.

Le désengagement de l’état de l’appareil de production en 1996 sans mesures d’accompagnent et de soutien d’un tissu d’entreprises de production vulnérables a eu des conséquences néfastes. La branche a perdu sa locomotive et les facteurs fondamentaux de la production se sont altérés :

  • le personnel d’encadrement de la production de la main d’œuvre qualifiée s’amenuisent au fil du temps,
  • l’approvisionnement en matière première des artisans trouvent de plus en plus des difficultés
  • les tentatives d’innovation et de création sont stoppées

L’ONA, organisme national désengagé de la production et de la commercialisation et censé encadrer le secteur est actuellement incapable de s’acquitter de cette tâche, celui-ci est dépourvu de moyens matériels et humains, ses interventions sont restées timides et très limitées incapables de booster les initiatives privées et développer le secteur.

Une institution étatique créer en 2007 dédiée au développement de la branche des tapis et des tissages ras, le Centre Technique de Création d’Innovation et d’Encadrement du Tapis et de Tissage n’a pas pu développer ses interventions, ses moyens humains et matériels sont dérisoires par rapport aux attentes de la branche.

En somme, le but de la restructuration de l’ONA pour relancer le secteur de l’artisanat n’est pas atteint et les activités des tapis et des tissages ras en particulier sont gravement menacées.

III- Quelles solutions de réhabilitation et de relance des Tapis et des Tissages ras :

La relance des activités des tapis et des tissages ras passe inévitablement par la réhabilitation des facteurs responsables directement de la régression de la production, une réflexion profonde et concentrée doit être menée pour apporter des réponses aux défaillances de ces facteurs clefs :

  1. Quel dispositif de formation faut-il adopter ? son mode, son organisation, sa gestion et son financement, et qui assure une main d’œuvre qualifiée capable d’inrentabilité élevée
  2. Comment assurer un encadrement compétant de l’appareil de production et de la formation ?
  3. Quelles solutions à apporter aux difficultés d’approvisionnement de la matière première en qualité et en quantité ? (traitement de la matière première, circuit de distribution, contrôle de la qualité….)
  4. Quelle stratégie de recherche, d’innovation à mettre en place pour structurer et appuyer la création dans la branche ? (démarche, structures, financements…)
  5. Quelles mécanismes à mettre sur pieds pour connaitre et explorer les attentes du marché ?
  6. Comment promouvoir les techniques de commercialisation et de la promotion du produit ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2018-08-24T10:24:51+02:00Tissage|