Test d’un paillage en laine de mouton aiguilletée :

Il y a un an, lors d’une réunion des partenaires DEFI-Laine, l’idée de produire et de tester un paillage en laine de mouton naissait. Favorable à l’expérimentation sur son territoire, L’ASBL « Parc naturel Hautes Fagne-Eifel » a mis à disposition un budget afin de produire les premiers mètres carrés de nappe aiguilletée. L’objectif étant de tester ce nouveau moyen de lutte contre les adventices, et de publier nos premières observations.

Caractéristiques du paillage :

Provenance de la laine

Cela fait maintenant 10 ans que l’ASBL « Parc naturel Hautes Fagnes-Eifel » organise une collecte de laine. Cette laine a d’abord été utilisée pour faire de l’isolant en vrac (ZANZEN), à cela s’est ajouté la création d’objets de literie dans la région de Verviers (LANADO). Ce qui ne peut être valorisé localement est revendu par le négociant verviétois DBC WOOL. C’est donc naturellement que nous avons sélectionné notre laine en collaboration avec notre partenaire de longue date. Il s’agit de laine provenant exclusivement de la région wallonne, en partie récoltée dans notre parc, et d’une race locale : l’ardennais roux.

Les transformations de la laine

Trois transformations sont nécessaires pour passer du mouton au paillage.

La première d’entre elle est la tonte, étape nécessaire à l’élevage, qui s’effectue chaque année sur les troupeaux.

La laine est ensuite lavée localement, chez TRAITEX à Verviers. Pour diminuer les coûts, nous avons acheté une balle de laine de 300 kg appartenant à un lot beau

coup plus important. Le prix du lavage au kg est déterminé par la quantité de laine à laver. Il est donc plus intéressant de regrouper les lots d’une même laine pour profiter d’un tarif plus avantageux. À noter également que la laine perd plus ou moins 40 % de son poids lors du lavage. Si vous lavez 100 kg de laine, il ne vous en restera que 60 kg après l’opération. Le prix du lavage est fixé sur le poids de la laine propre.

Vient la dernière étape de transformation : l’aiguilletage ! Nous avons choisi cette technique car elle permet d’obtenir des nappes de laine, plus ou moins denses, à des prix plus attractif que le feutrage tout en consommant moins de laine au mètre carré. Dans notre cas, nous avons travaillé avec deux densité, l’une de +/- 230 gramme au mètre carré, et l’autre de 400 gramme au mètre carré. Ce choix a été fait pour comparer la rapidité de dégrad

ation et l’efficacité de ces deux densités. Le produit fini nous est livré sous forme de rouleaux de 2 mètres de large et de 30 (400 g/m2) ou 50 (250 g/m2) mètres de longueur.

Les tests :

Les testeurs

Pour tester un paillage, il nous a semblé évident d’en discuter avec des maraichers, professionnels et connaisseurs des différentes techniques de culture. Mais pas que, le produit que nous essayons de développer peut très bien convenir à des particuliers, voire aux entreprises de parc et jardin.

Jusqu’à présent, nous avons principalement collecté des données chez des maraichers et quelques particuliers. L’an prochain, nous espérons avoir plus d’observations venant des entreprises de parc et jardin et de diverses plantations telles que les vergers.

Les observations qui vous sont livrées ici sont des observations de terrain, empiriques, mais qui n’ont pas de caractère scientifique. Cependant, elles permettent déjà d’évaluer l’efficacité du produit et de tirer des conclusions intéressantes pour la suite de notre développement.

Pour qu’un paillage soit efficace, il faut qu’il empêche la pousse des adventices mais aussi qu’il améliore les caractéristiques, la texture, l’humidité et la température du sol. Et bien sûr, il faut que les plantes et légumes soient beaux ! Nous allons voir qu’il montre de bons résultats, mais pas que !

Le paillage en laine et les caractéristiques du sol

Ici, le paillage semble avoir un impact positif sur le sol. En effet, les caractéristiques de la laine permettent de maintenir un bon taux d’humidité du sol. Il fixe une bonne partie de la rosée du matin, et il permet d’élargir la zone humidifiée par les systèmes de goute à goute. Lorsque le sol parvient quand même à s’assécher, nous n’avons pas observé de craquellement de la terre, comme c’est le cas pour les sols nus ou les sols sous bâche plastique. Ceci ayant très probablement un impact positif sur la structure du sol, qui semble plus intéressante sous notre paillage. Concernant la température du sol, nous n’avons pas de mesure. Bien que nous supposons un impact positif, il est fort probable qu’une laine plus foncée donne de meilleurs résultats. Dans tous les cas, l’étude du sol sous le paillage mériterait une approche plus scientifique, notamment pour évaluer les apports en azote. Nous travaillons à trouver des pistes de collaboration possibles, de sorte à améliorer les données qui seront récoltées l’an prochain. Affaire à suivre donc !

La pousse des adventices

Pour ce point, nous allons devoir revoir notre copie ! En effet, la nappe de laine cardée, qu’elle soit en 250 ou en 400g/m2 ne suffit pas à stopper la pousse de plantes indésirables.  Nous avons principalement observé des pousses de mourons et de rumex. Seul point positif ici, le paillage est suffisamment résistant et élastique pour maintenir ces deux variétés sous son couvert. Les herbacées étant les seules à pouvoir le percer facilement. Leur structure et leur mode de développement leur permettent de passer au travers la nappe de laine comme des aiguilles au travers d’un tissu. De ce fait, la compétition lumineuse est donc négligeable sur les cultures testées.

Développement des cultures

À l’heure actuelle, notre paillage en laine n’a été comparé qu’avec des cultures sur sols nus, que ce soit sous serre ou en extérieur. Les tests portent principalement sur des variétés de courge. D’autres tests ont été réalisés, mais des éléments extérieurs nous privent d’observation sérieuse.

Malgré la pousse d’adventice sous la laine, les cultures testées ont montré un meilleur développement avec le paillage que sur sol nu. Les plantes se sont mieux développées, plus vite, on de plus belles feuilles. Leurs fruits se sont développés plus vite, en plus grande quantité et ont été récoltés plus tôt. À nouveau, ces observations n’ont pas été faites de manière scientifique. Excepté les dates de récoltes, ce sont de simples observations visuelles.

Le vieillissement du paillage :

Il est encore trop tôt pour aborder ce point.

Tout ce que l’on peut en dire, c’est que les premières nappes ont été mises en place au mois d’avril, et qu’elles assurent toujours leur fonction. Seule observation, la laine qui est à l’origine très élastique perd cette caractéristique. Elle sèche et devient plus cassante. Les points les plus humides, ou en contact direct avec les plantes, semblent se dégrader plus rapidement. La laine se verdit à ces endroits. Nous aurons probablement plus d’observations intéressantes après la période hivernale.

La laine miracle ?

Certains aimeraient prêter bien des vertus et avantages à la laine de mouton.  Nous avons alors espéré que celle-ci retienne les indésirables loin de nos potagers… cela marche peut-être avec de la laine présentée sous d’autres formes, mais sachez déjà que ni les limaces ni les campagnols ne sont dérangés par notre nappe de laine aiguilletée ! Dommage, nous aussi aurions aimé y croire…

En conclusion :

Nos observations, bien qu’incomplètes, nous montrent que le paillage à un vrai impact sur les cultures, bien que la pousse des adventices ne soit pas stoppée, mais plutôt ralentie.

Le format de livraison du paillage est lui aussi à améliorer. Plusieurs maraichers se sont retrouvés bien démunis face à un rouleau de deux mètres de large pour cinquante mètres de long. Un atelier découpe sera certainement à ajouter aux trois étape de transformation du produit.

Quoi qu’il en soit, ces premiers résultats sont plutôt encourageants !

Quid de la suite ?

Actuellement, nous poursuivons les tests avec les paillages existants. Lorsque nous aurons suffisamment d’observations, une deuxième production sera prévue pour de nouveaux tests. On vous donne rendez-vous dans notre prochaine newsletter, pour vous présenter nos nouvelles observations.

 

Pour plus d’informations : florent.mornard@botrange.be